Mon cinquantième anniversaire est arrivé. J’ai entendu dire que certains dans un jour pareil ferment la porte de leur maison à clef et ne sortent pas. D’autres, par contre, organisent de grands banquets qui resteront dans les annales. Personnellement, j’ai pensé de vous écrire une lettre. J’ai réfléchi sur quelle langue utiliser, et j’ai pensé à la première langue étrangère que j’appris, c’était à l’école obligatoire, le français. Désormais, avec Google Translator tout devient compréhensible, même à ceux qui ne connaissent pas la langue en question, donc je me suis dit que les non-francophones aussi pourront lire cette lettre, s’ils le voudront.

C’est un jour bizarre, on se sent différents, je me sens certainement plus vieux. J’ai trois enfants magnifiques, d’une beauté qui me surprend à chaque fois, et dans un jour pareil la première question qui me vient à l’esprit est donc: quelle planète allons-nous leur laisser? Nos parents ont bossé toute leur vie, ils ont fait des économies importantes, c’était l’époque du boom économique, ils vivent d’une pension digne, ils avaient moins d’opportunités que nous, ils voyageaient moins de ce que notre génération l’ait pu faire, mais ils ont construit des certitudes matérielles dont nous continuons à bénéficier. Quand l’un de mes enfants me demande où nous vivrons dans quelques années, ce que je ferai comme métier, s’ils auront assez d’argent pour se permettre quelque chose, j’hésite à leur donner des réponses certes, car l’avenir est devenu une véritable énigme. Oui, nous sommes la génération qui doit raconter à ses enfants que le monde qu’ils traverseront ne sera pas plus facile que celui de leurs parents. Pour la première fois depuis des décennies, nos enfants risquent de devoir faire face à une réalité plus incertaine, difficile, compétitive et moins porteuse d’espoirs que celle qui était devant les jours de notre enfance.

L’Europe paraît un malade sous traitement antidépressif, qui essaie de conserver les forces pour arriver sans trop d’angoisse à la fin de la journée. Nos gouvernants, nous ne les aimons plus, nous ne les supportons plus car nous ne les réputons plus à la hauteur d’être des pères de la Patrie. En réalité, ils nous donnent l’impression d’être des lâches, nous nous interrogeons même sur les intérêts qu’ils défendent, nous doutons de leur appartenance au peuple. Certes, je peux vivre dans l’illusion que le gouvernement n’est plus essentiel, les institutions ne jouent plus un rôle fondamental dans l’organisation de la vie collective et de la société. Je peux raconter à mes enfants que désormais le bien-être matériel, la disponibilité de biens et services nous a affranchi des destins de l’histoire, que les téléphones, les tablets, les voitures et les supermarchés qui nous entourent nous ont libéré de la fatigue de la politique et du sacrifice du travail, mais aujourd’hui, à l’âge de cinquante ans, je ressens que ne suis pas convaincu de cela. « Voilà, un autre vieillard qui prêche » vous pourriez-dire, mais je ne crois pas à la libération de la société de la consommation, ni à la sublimation du sacrifice du travail offerte par les nouvelles technologies et les agences intérimaires.

Aujourd’hui, je ne lirai pas les journaux. Au café, je ne feuillèterai pas le quotidien de Florence, La Nazione, pour ne pas me sentir encore plus encerclé par des coupe-gorges, des djihadistes élevés à pain et camembert, ou des gitans se dédiant à harceler des honnêtes touristes sino-américains. Je ne le ferai non plus pour me faire rassurer par les bonnes recettes libérales annoncées par un premier ministre, ou conforter avec les dernières données sur la croissance économique publiées par des fonctionnaires payés vingt fois plus que la femme de ménage travaillant dans leurs bureaux. Aujourd’hui, je parlerai à mes enfants de ces jeunes désespérés qui tirent sur des ados devant un McDonald’s ou roulent avec un camion sur les piétons, avant de se faire abattre. Je parlerai de la rivière Marina descendant des montagnes avoisinantes, où les petits poissons et les écrevisses meurent dans la boue à cause des hautes températures et de la sécheresse. Et je parlerai de la planète Mars. De la planète Mars ? Oui. Il y a quelques mois, mes amis activistes syriens lancèrent une campagne nommée « Planet Syria to Planet Earth : Is anybody out there ? ». La chose m’a inspiré : pendant que les régimes fascistes syrien et russe bombardaient les villes comme Alep et anéantissaient le peuple désobéissant dans notre indifférence la plus totale, mes amis activistes levaient la voix comme s’ils lançassent des messages radio depuis un autre planète pour que quelqu’un les captent, pour que quelqu’un s’aperçoive de ce qui se passe ailleurs. Dans ces heures, les bombardements continuent, ainsi que l’indifférence.

Eh bien, je dirai à mes enfants que si les choses se mettent pour le pire, nous émigrerons sur Mars, même avec des bateaux illégaux si nécessaire, même sans papiers s’il le faudra. J’ai lu que là-bas il y a de l’eau, peut-être aussi des gens accueillants. Et, qui sait, même les quinquagénaires y peuvent trouver un boulot et ne pas se sentir hors-jeu.

Mars, c’est l’avenir. Dites-le à vos enfants.

27 juillet 2016

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