Pour qui ne connaît pas la ville de Paris, il est difficile d’imaginer la portée de l’acte meurtrier du 7 janvier dernier, lorsque des hommes armés ont tué à coup de balles les dessinateurs du journal satirique Charlie Hebdo. Paris est une ville dont le coeur bat jour et nuit aux rythmes de toutes les cultures du monde, una ville jamais dormante et déserte, une ville où les parfums et les dialectes arabes font partie à part entière de beaucoup de ses quartiers. Bref, une ville libre, qui rend libre, qui dans le quotidien expérimente la contamination entre l’aspiration à la liberté de ses habitants et la richesse des cultures qui y demeurent. Avoir visé de manière criminelle et brutale ce journal signifie avoir mis en question l’identité de cette ville. J’imagine mes amis musulmans qui vivent à Paris comme dans d’autres villes européennes souffrir pour la gravité de cet acte insupportable, ignoble et sanglant. Après les familles des victimes, touchées par la violence brutale d’un cataclysme, tout de suite après elles, mon souvenir va aux citoyens parisiens d’origine arabe, coincés maintenant dans una cage diabolique qui risque de les isoler de leurs concitoyens, pour les rendre des objets de haine ou des faiseurs de vengeance. C’est les musulmans, mais surtout ceux d’origine arabe entre eux, qui sont appelés à devoir payer un grand prix, et qui se retrouvent obligés de démontrer savoir casser les barres de la cage.

Et à nous non-arabes et non-musulmans, le devoir de rendre insignifiants les chacals qui parlent et écrivent de conflit de civilisations, de terrorisme religieux, de bataille entre Occident et Orient, de chasser les immigrés, d’arrêter la construction des mosquées, d’imposer des lois anti-terrorisme limitant les libertés civiles, etc. Les propos de certains journaux et personnages politiques de mon pays, l’Italie, malheureusement, en sont dans ces jours-ci pleins. Il faut agir avec intelligence contre les uns et les autres, pour que nous aussi, les non-arabes et les non-musulmans, ne nous retrouvons dans la même cage. Il ne faut surtout pas trahir l’esprit de liberté et mixité de cette ville extraordinaire qui est Paris. Il faut faire justice selon nos codes pénaux et par nos tribunaux, punir les responsables et leurs réseaux, et au même temps cultiver l’empathie. Oui, l’empathie.

Moi-même, je ne suis nécessairement pas un grand partisan de la satire religieuse ou bien des normes qui interdisent le porte du voile dissimulant le visage dans les espaces publics, telle que la loi française dit, mais si la société française s’est donnée ces outils pour essayer de réussir dans la contamination entre l’aspiration à la liberté et la richesse des cultures qui y appartiennent, suivant la tradition républicaine, alors, avec ces outils-là, il faut savoir intéragir et jouer. Sans tuer. Le meurtre au Charlie Hebdo n’a pas de justifications possibles! Il faut protéger les libertés individuelles et cultiver le sens de responsabilité vers les autres. Certes, il est nécessaire maintenant de manifester pour la liberté d’expression dans les places et les boulevards de nos villes, mais ceci n’est pas suffisant: il faudra pratiquer l’empathie dans nos quartiers, fraterniser, resocialiser nos cadres de vie. Les non-musulmans et non-arabes sont appelés à «serrer dans leurs bras» leurs voisins musulmans et arabes, et ceux-ci à «ouvrir leurs bras» pour que dans la cage dont je parlais ne restent que les meurtriers et leurs mandants. Et en faisant cela, il faut élargir nos bras à d’autres victimes d’un terrorisme idéologique primitif qui interdit aux gens de cultiver leurs aspirations à la liberté: ma pensée va immédiatement aux habitants de Alep, une ville martyre qui vit une tuerie continuelle avec un nombre saisissant de barils de TNT largués sur les civils par le régime syrien.

D’ailleurs, la devise de la République française est : « Liberté, Égalité, Fraternité». Entre égaux, et égaux nous devons rester, il n’y a pas de liberté sans fraternité, et de fraternité sans liberté. Le moment est venu pour pratiquer cette devise avec nos plus nobles énergies.

One thought on “Charlie Hebdo: sortir de la cage

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...